Conférence de Paris pour le climat-Conférence de presse (10 novembre 2015)

Conférence de presse conjointe de clôture de la pré-COP de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la Conférence de Paris pour le climat, de Manuel Pulgar-Vidal, ministre péruvien de l’environnement, président de la COP20 et de Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC - Propos de M. Fabius

Mesdames et Messieurs,

Nous allons, avec Christiana Figueres et Manuel Pulgar-Vidal vous dire quelques mots. Cette conférence de presse ne pourra pas être très longue puisque nous devons au plus tard, avoir terminé à 12h40 et nous ne pourrons pas aller au-delà.

Je vous dirai quelques mots, puis ce sera au tour de Manuel et de Christiana si chacun en est d’accord.

Auparavant, je voudrais commencer par une observation qui n’est pas reliée à nos travaux de ces trois derniers jours.

Je voudrais saluer l’excellente nouvelle des résultats des élections en Birmanie qui marquent une étape majeure dans la marche de ce pays vers la démocratie. Nous nous réjouissons beaucoup pour le peuple birman.

Pour ce qui concerne les travaux qui nous ont occupés ces trois derniers jours, pendant que nous travaillions, un certain nombre de rapports étaient publiés qui montrent à quel point les menaces contre lesquelles nous entendons agir sont graves.

Dimanche, la Banque mondiale annonçait que cent millions de personnes supplémentaires risquaient de basculer dans l’extrême pauvreté d’ici 2030 s’il n’y avait pas des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation immédiatement.

Lundi, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) annonçait que le niveau de concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère avait atteint un nouveau record l’an dernier.

Face à la gravité de ces menaces, nous avons, en ce qui concerne la Conférence de Paris, une obligation absolue de succès. Ce qui m’a frappé, comme mes amis dans ces travaux au cours de ces trois jours, c’est que cette nécessité d’obtenir un succès, quelle que soit la différence des uns et des autres, était palpable.

S’agissant de cette pré-COP, après que nous ayons reçu les représentants de la société civile, nous nous sommes réunis - soixante-dix pays étaient représentés dont soixante par leur ministre - et nous avons, notamment, accueilli avec plaisir la nouvelle ministre du Canada qui nous a fait part de l’engagement de son gouvernement à jouer un rôle plus volontariste que par le passé.

La première chose que je retiens de cette réunion, c’est la confirmation d’une volonté partagée de parvenir à un accord universel en décembre à Paris. Un compromis ambitieux est à notre portée et toute une série de propositions concrètes ont été faites en ce sens. Nous nous sommes organisés pour que les travaux représentent quatre thèmes : le niveau de l’ambition de l’accord, l’équité et la différenciation, les financements engagés après 2020 et les actions à mener et les soutiens mobilisés avant 2020.

Je ne vais pas entrer dans les détails - il y aura un compte-rendu précis de nos travaux - mais je crois que l’on peut dire que sur cinq points au moins, des avancées ont été constatées.

Le premier point sur lequel une avancée a été constatée, c’est l’idée qu’un bilan devrait être réalisé tous les cinq ans, s’agissant de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de l’adaptation et des finances, bilan permettant de formuler des propositions nationales à la hausse. C’était une idée qui non seulement était dans l’air mais qui se trouvait dans un certain nombre de textes, en particulier dans la déclaration conjointe entre la Chine et la France et je crois qu’aujourd’hui, cette idée a suffisamment fait son chemin pour qu’elle soit acceptée par tous. C’est évidemment très important parce que c’est ce qui va permettre de combler le fossé entre les 2°C voire 1,5°C qui sont notre objectif et puis le constat actuel résultant des contributions qui est davantage autour de 3°C.

La deuxième avancée que j’ai constatée dans les différents groupes de travail qui se sont réunis, c’est le principe de ce que l’on appelle en anglais « No bad tracking » c’est-à-dire pas de recul pour tous les pays et, au contraire, il faut qu’il y ait une progression des engagements pour tous les pays. C’est évidemment quelque chose de très important.

Le troisième élément, c’est sur les objectifs. Bien sûr, chacun s’accorde sur l’objectif de 2°C et si possible, 1,5°C, mais il y a eu toute une série de discussions pour une formulation d’un objectif de long terme qui puisse être opérationnel. En anglais, la formulation qui semble avoir un large accord c’est « low emission climate resilient pave way » ce qui pourrait être traduit en français par : une trajectoire d’émissions basses et adaptées au climat, et cela permet de pousser plus loin l’objectif et donc l’ambition.

Le quatrième point qui m’a paru représenter une avancée - je dis cela à travers les travaux des groupes -, c’est en ce qui concerne les finances post-2020. Il nous a semblé que désormais, un plancher était accepté, ce qui n’était pas évident avant. Vous savez que l’objectif annuel pour 2020 a été fixé à 100 milliards de dollars des pays du nord vers les pays du sud concernant le climat. Et, la question était et est toujours ouverte bien sûr pour l’après-2020, mais cette notion qu’il y ait une sorte de plancher à 100 milliards et, additionnellement, qu’il puisse y avoir des contributions de nouveaux financeurs, c’est quelque chose que l’on a retrouvé dans les discussions et qui, jusqu’à présent n’avait pas été abordé de façon aussi nette.

Enfin, la cinquième avancée et je ne serai pas plus long, c’est que nous avons discuté de la façon d’engager nos travaux pour la COP de Paris proprement dite. Nous nous sommes mis d’accord pour que les travaux débutent à l’issue de la première journée, lundi 30 novembre, qui sera consacrée aux interventions des chefs d’État et de gouvernement : et à ce stade, nous avons déjà reçu 117 réponses positives. Il y aura deux grandes salles qui seront mises à disposition pour que ces interventions puissent avoir lieu simultanément sans prendre trop de temps. Auparavant, dans les jours et les semaines qui viennent, il y aura eu toute une série de discussions, les choses ne s’arrêtent pas ici. Mais les travaux effectifs commenceront le lundi 30 novembre au soir. Et j’ai demandé que le texte, qui devra bien sûr avoir avancé, puisse m’être remis, en tant que président de la COP, au plus tard le samedi à midi afin que les dernières questions qui resteront à trancher puissent faire l’objet de discussions et de décisions entre le samedi et la fin de la conférence de Paris.

Voilà quelques éléments. L’atmosphère était tout à fait excellente et les choses ne s’arrêteront pas là puisque nous avons un certain nombre d’échéances qui viennent dans les jours prochains avec, parmi les réunions importantes, un sommet entre l’Union européenne et l’Afrique ce jeudi à la Valette, le sommet du G20 en Turquie qui a lieu les 15 et 16 novembre, un sommet France-Océanie les 25 et 26 novembre à Paris et le sommet du Commonwealth à Malte à la fin du mois de novembre auquel se rendra d’ailleurs le président de la République.

Il y aura bien sûr d’autres réunions mais celles-ci sont parmi les plus spectaculaires et institutionnelles. Moi-même j’aurai l’occasion de me rendre d’ici-là dans quelques pays.

Bref, nous avons franchi une étape avec cette pré-COP. Quand je dis « nous », ce sont les trois personnes qui sont ici puisque les trois font la paire si je puis dire. Nous travaillons étroitement ensemble et je veux vraiment remercier Manuel Pulgar-Vidal, président en exercice de la COP20, parce que le tandem que forment le Pérou et la France est tout à fait remarquable. Je veux également remercier Christiana Figueres qui connaît le sujet mieux que personne et qui assure vraiment une excellente coordination entre les Nations unies, la Conférence et nous-mêmes. Nous avons donc franchi avec la pré-COP une étape importante avant Paris, mais nous restons plus que jamais mobilisés. Et je dirai, pour conclure, que la tâche qui nous reste est considérable, mais le succès est indispensable.

(…)

Q - Monsieur le Ministre, le président Hollande, hier, au Collège de France, a parlé d’un conseil de sécurité du climat. Il veut des lois et des punitions pour les pays qui ne respectent pas leurs engagements. En avez-vous discuté au cours de la pré-COP ? On a l’impression que beaucoup de pays n’accepteraient pas une telle chose. Quelle est votre position là-dessus ? Merci.

R - Merci de votre question. La France soutient bien sûr le renforcement de la gouvernance mondiale sur l’environnement et il y a toute une série d’idées qui sont émises. Mais ce n’est pas, je vous le confirme, pour ce qui concerne cette COP, un sujet dans l’immédiat. Notre priorité est vraiment de trouver un accord universel à Paris.

Alors, il y a des idées, je le répète, qui sont élaborées, plus ou moins ambitieuses, certaines très ambitieuses mais, dans cette COP de Paris, ce n’est pas une disposition qui sera examinée.

Q - Pour Mme Figueres sur la mise en œuvre des décisions prises à Paris.

R - Je voudrais ajouter, en confirmant tout à fait ce qu’a dit Christiana Figueres, que nous avons le plaisir d’apprendre que de nouvelles INDC vont être publiées à la fin de cette conférence de presse.

Notre collègue et ami, M. Khaled Fahmy de l’Égypte, qui est là, viendra nous succéder à cette tribune et vous présentera l’INDC de l’Égypte. L’Arabie saoudite a publié son INDC, que nous n’avons pas pu encore examiner sur le fond, ainsi que le Soudan. Et nous sommes sensibles au fait que ces pays aient choisi le moment de la pré-COP pour rendre publique leur contribution. Il y a donc un mouvement qui est en train de s’amplifier, qui, évidemment, est un mouvement positif.

Q - Je trouve qu’il est important qu’un pays pétrolier comme l’Arabie Saoudite ait présenté sa contribution. Je voudrais connaître quelle valeur pour vous représente cette contribution ?

R - Je ne l’ai pas encore vu, donc je ne peux pas la commenter. Les Saoudiens nous l’avaient annoncée avant-hier, puisque le ministre du pétrole était présent et j’avais eu l’occasion de m’entretenir avec lui. Ils nous avaient dit qu’ils rendraient publique leur contribution pendant la pré-COP, mais je ne l’ai pas vue matériellement. Donc, je ne peux pas, bien évidemment, l’analyser. Mais, enfin, vous aurez l’occasion de l’analyser.

Q - Vous croyez qu’il y a encore une marge de manœuvre pour augmenter, pour améliorer les INDCs au cours de la COP21 ?

R - Je ne sais pas ce qu’en pensent mes collègues. Je vais faire une réponse que je crois réaliste : dans l’immense majorité des cas, le travail a été fait, réfléchi par des équipes qui étaient au gouvernement lorsque l’INDC a été publié et qui sont encore au gouvernement maintenant. Honnêtement, j’ai peu à l’esprit que ces changements pourraient intervenir tout de suite.

En revanche, ce qui a été clair, et c’est un acquis de cette pré-COP, c’est qu’il y aura des révisions périodiques- le chiffre de tous les cinq ans a été cité - et il ne faudra pas nécessairement attendre 2015, 2020 pour qu’il y ait ces révisions.

Il peut y avoir, je n’ai pas de lumière particulière là-dessus, tel pays, dont le gouvernement a changé, qui estimerait nécessaire de revoir son INDC, mais je n’ai pas d’informations là-dessus.

La ministre du Canada, Mme Catherine McKenna, qui s’est exprimée, a dit que vraiment le souhait du nouveau Premier ministre, M. Trudeau, est d’être beaucoup plus actif sur ces sujets que ne l’était l’ancien gouvernement. Comment cela se traduira-t-il ? Je ne le sais pas encore. Je crois que le Premier ministre Trudeau, d’après ce que j’ai compris, va réunir l’ensemble des provinces et de leurs Premiers ministres pour voir quels sont les engagements qu’il pourrait prendre. Je sais que le Premier ministre Trudeau viendra à Paris, accompagné d’ailleurs de plusieurs Premiers ministres des provinces du Canada. C’est l’exemple qui me vient à l’esprit mais il est assez spécifique.

Q - Vous avez eu hier soir un dîner de travail avec les pays africains. Vous avez certainement parlé de justice climatique et de responsabilités communes et différenciées. Les pays africains sont très inflexibles sur ces questions. Quelle a été la teneur de vos échanges et à quel compromis êtes-vous parvenus, même si les négociations n’ont pas commencé ?

R - Oui, nous avions invité à dîner les représentants des pays africains, c’était extrêmement intéressant et nous avions, par ailleurs, au téléphone le président de la Banque africaine de développement, M. Adésina. La conversation - c’était informel puisque c’était un dîner - a porté sur différents sujets mais en particulier sur la question des financements. Puisque vous savez que l’Union africaine a décidé de projets très importants dans le domaine de l’énergie, que, justement, c’est l’Égypte qui préside l’AMCEN et qui donc est chargée politiquement de faire avancer tout cela, cependant que la Banque africaine de développement, elle, est chargée de l’implémentation technique.

Nous avons parlé de tout cela car il y a beaucoup de projets et je ne veux pas anticiper sur ce qui sera annoncé par les autorités compétentes mais, dès le début de la COP21, je suis sûr qu’il y aura des initiatives prises par les autorités africaines pour montrer concrètement les décisions qui sont prises dans ce domaine.

Q - Parmi les rapports scientifiques auxquels vous avez fait allusion au début, il y en a plusieurs qui montrent que, même si l’on respecte le seuil des 2°C, il va y avoir des conséquences très importantes. Pensez-vous qu’il y a vraiment une chance que le seuil des 1,5°C soit pris ? Et est-ce que vous, pas en tant que futur président de la COP21 mais personnellement, êtes prêt à soutenir un tel objectif ?

R - Mes collègues et amis s’exprimeront. Vous savez que le principe de l’accord de Paris, c’est qu’il faut qu’il y ait un consensus. Mes idées personnelles peuvent être intéressantes mais elles ne peuvent prévaloir que s’il y a un consensus. Et, en plus, la présidence doit faire très attention à rester très objective, ambitieuse bien sûr mais très objective.

Je crois que, dans les travaux auxquels nous participons, ce qui est en général retenu c’est 2°C comme objectif et, dès lors que c’est possible, comme objectif complémentaire, 1,5°C. Ce que vous avez dit est tout-à-fait juste et, en particulier les représentants des petites îles - mais pas seulement eux - nous disent souvent : « Bien sûr nous sommes partisans des 2°C mais, même si c’est 2°C, pour nous, cela a des conséquences extrêmement lourdes ».

Déjà avec les INDCs on a, semble-t-il, évité d’aller vers les 4°C, 5°C, 6°C, on est semble-t-il, vers les 3°C, il faut descendre vers les 2°C, et puis l’optimal serait de pouvoir aller jusqu’à 1,5°C. C’est une des raisons pour lesquelles il est très important de fixer une ambition à long terme. C’est une des raisons pour lesquelles il est très important de commencer avant 2020, donc, toute l’action pré-2020 est importante. Et c’est aussi la raison pour laquelle il faut non seulement que les gouvernements agissent mais que, selon la proposition faite par Manuel et moi-même qui est maintenant j’allais dire du droit positif c’est-à-dire le « Lima-Paris action agenda », ce ne soit pas simplement les gouvernements qui agissent mais aussi toute la société civile, c’est-à-dire les communes, les régions, les entreprises et les différentes organisations.

Et, vous allez voir, parce que Manuel et moi-même nous nous occupons particulièrement de cela, tout au long de la COP, que parallèlement à la négociation qui aura lieu et qui est nécessaire d’un texte, il va y avoir toute une série d’initiatives extrêmement fortes qui montrent que la société civile mondiale est en marche. Il y a déjà inscrit sur la plateforme NAZCA plus de six mille initiatives et ce sera échelonné tous les jours, mais en particulier dans la journée du 5 décembre vous verrez des engagements extrêmement spectaculaires.

Tout ceci avec comme objectif premier je dirais les 2°C parce que cela fixe une limite facile à mémoriser, mais si possible d’aller au-delà dans le temps et si possible encore en-deçà dans l’objectif chiffré.

Q - En marge de la COP, allez-vous aborder le projet du parlement panafricain d’électrification de l’Afrique, porté aussi par M. Borloo ?

R - Le principe, si vous voulez, c’est que c’est aux Africains eux-mêmes de prendre les décisions qui les concernent. Il y a eu toute une série de réflexions autour du thème de l’énergie, de l’électricité en Afrique. Il y a des autorités qui ont été chargées de cela, je disais l’Égypte en tant qu’autorité politique, la Banque africaine de développement. Et tout cela converge avec un certain nombre d’idées très utiles- vous avez cité les idées de M. Borloo qui est très engagé dans ce domaine - et notre souci, en tant que France, c’est de faire converger tout cela et la France sera évidemment en appui des projets concrets que décideront les Africains. Mais c’est aux Africains de prendre les décisions./.

Dernière modification : 11/11/2015

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